PHILIPPE DURAND

PHOTOGRAPHY PARAPHOTOGRAPHY MURALS EXHIBITION'S VIEWS BOOKS/MULTIPLES BIOGRAPHY TEXTS CONTACTS

Lise Guehenneux

L'Humanité
6 janvier 2009

        Le centre de la photographie d’Ile – de – France présente jusqu’au 21 décembre un travail récent de l’artiste Philippe Durand réalisé sur les paradis fiscaux des îles Caraïbes.


Philippe Durand nous a habitué à sa posture de promeneur, de ralentisseur. Il a fait une école d’art mais s’il a choisi de travailler avec la photographie celle qu’elle lui permet surtout de pouvoir , lorsqu’il travaille, sortir de chez lui au lieu de s’enfermer dans un atelier,de rendre une image du monde, voire un art social. Il pratique l’art du déplacement qui n’est pas celui de l’exotisme ou d’une attitude de héros ou de anti héros. Il aime rester sur place et non créer un road movie avec une histoire. En allant photographier les paysages des paradis fiscaux il savait que cela serait déceptif mais ce qui l’intéresse c’est la superposition du paradis touristique avec celui de la finance. Rien n’est visible des flux financiers, de tout ce qui ce trame ici.

Cela donne un ensemble de photographies qui ici, à Pontault – Combault, se renvoient la balle avec des sous ensembles. Tandis que des voiturettes de golf nous regardent telles des personnages ou des engins fabriqués pour une mission d’exploration de Mars, des bateaux dans tous leurs états s’offrent à la vue dans un décor de carte postale, parfois décatis, parfois rutilants au milieu des fleurs, des architectures de banques déroulent leurs façades de tous types – du style entrepôt à celui de la maison coloniale du sud – et les réseaux de fils électriques se laissent envahirent de végétations. Il garde toujours une place de choix aux voitures qui sont pour lui la métaphore par excellence du capitalisme depuis que Ford a inventé un système de production afin qu’elles soient achetées par ceux – là même qui les fabriquent. On voit donc une photo de voiture qui frôle la pub mais qui est à côté de la plaque, une autre avec en arrière plan une gravière et dont le pare – soleil représente la plage d’à côté, hors champs. Toute l’exposition est baignée par le son d’une vidéo, projetée dans une salle où l’on retrouve ce feuilletage des deux paradis et de ses familles d’images.

Comme à chaque fois qu’il le peut, Philippe Durand a conçu un livre rendant compte de ce travail avec un rythme des images et des textes qui permet à tout un chacun d’entrer dans ce monde, celui du capitalisme mondialisé qu’il trace tout en évitant la caricature et en partant toujours d’une sorte de poétique pour aller vers le politique, ce qu’il appelle par un néologisme, le « poélitique » car, pour lui, la forme poétique est la plus à même de rendre compte de choses complexes tout en ayant une certaine puissance : «  si l’on définit les définit trop, on les tue ». Tout le monde peut appréhender ces images qui énoncent sans dénoncer car l’artiste ne veut pas imposer une lecture univoque. « A partir du moment où l’on se pose la question des paradis fiscaux c’est déjà pas mal et c’est ce que j’ai voulu énoncer avec cette recherche dont le titre est «Offshore » dans cet endroit où, comme dans tout endroit où je me promène, j’aime m’orienter mais également me perdre ».

Autre particularité du photographe c’est la forme qu’il peut donner à l’image car il pense que depuis les années quatre – vingt, avec l’utilisation de plus en plus fréquente de la vidéo, la photographie, tout comme la peinture au moment de l’apparition de la photographie, a gagné son autonomie. Il utilise les images sur des objets ou les agrandit par le biais d’impressions immenses qui permettent de se perdre dans la photographie et de l’appréhender d’une autre manière. Une sorte de mise en abîme qu’il développe grâce à ce qu’il appelle la « métaphotographie » en faisant pour cela des choix stricts, comme une sorte d’écologie de la photo afin de garder une certaine énergie et que la bonne image ne reste pas coincée dans un entre deux, résultant de leurs multiplication.

Ainsi, avec ces images, Philippe Durand cherche à comprendre les choses pour les changer, donc il chercher à se cultiver, à avoir de plus en plus un regard sur l’histoire en train de se faire, afin de résister par sa capacité à convaincre.


Lise Guehenneux.






index<